Il existe des livres que l'on referme en oubliant presque leur intrigue. Et puis il existe ceux qui continuent à vivre en nous bien après la dernière page.
Je me suis souvent demandé ce qui provoquait ce phénomène. Est-ce une histoire d'amour ? Une époque ? Un personnage ? Ou simplement le sentiment que ce roman raconte aussi quelque chose de notre propre vie ?
L'origine du Cyclomoteur remonte à une visite familiale.
Comme beaucoup de personnes, j'ai été confronté à la maladie d'un proche dont la mémoire s'effaçait peu à peu. Au fil des années, les souvenirs disparaissaient, les repères se brouillaient et certaines parties d'une vie semblaient s'éloigner définitivement.
Pourtant, quelque chose résistait.
Au détour d'un regard, d'un sourire ou d'une phrase inattendue, il arrivait qu'un sentiment ancien réapparaisse. Une affection profonde, un attachement, parfois même la trace d'un souvenir. Ces instants étaient souvent brefs. Fugaces. Puis la maladie reprenait son œuvre, comme si cette lumière n'avait traversé l'obscurité qu'un instant.
Cette expérience m'a longtemps accompagné.
Je me suis demandé ce qui subsiste lorsque nos souvenirs s'effacent. Que reste-t-il de notre histoire lorsque la mémoire se fragmente ? Les liens qui nous unissent aux autres peuvent-ils survivre à l'oubli ?
C'est de ces questions qu'est né Le Cyclomoteur.
Le roman n'est pas une histoire de maladie. C'est une histoire de mémoire, de transmission et de quête d'identité. À travers le parcours de Julien, je voulais explorer la manière dont le passé continue de façonner nos vies, même lorsqu'il semble perdu. Les lettres oubliées, les secrets de famille, les silences transmis d'une génération à l'autre deviennent alors autant de chemins vers une vérité enfouie.
Le Maroc des années 1980 et 1990 s'est naturellement imposé comme le décor de cette histoire. Un monde où les nouvelles voyageaient encore par courrier, où certaines révélations pouvaient attendre des années avant d'émerger, et où une simple enveloppe pouvait changer le cours d'une existence.
Au fond, Le Cyclomoteur est né d'une conviction simple : si la mémoire peut disparaître, certaines traces demeurent. Dans les objets, dans les récits, dans les émotions, mais surtout dans les liens qui unissent les êtres.
Et parfois, il suffit d'un nom, d'une lettre ou d'un vieux cyclomoteur pour les faire ressurgir.